"Tout doit disparaître" d'Alice Pol (Editions Robert Laffont): se laisser convaincre petit à petit

J'ai attaqué les premiers chapitres de ce roman déroutée par le style de l'autrice: un brin décalé et éparpillé qui m'a plutôt donné envie de fuir. Et puis, petit à petit, Alice Pol m'a doucement apprivoisée, à l'instar de son héroïne qui agit comme un aimant avec ceux qu'elle rencontre… qu'ils soient à poils ou non! 
Une jolie surprise qui se dévoile petit à petit.

Pitch (4ème de couv):
"Charlie, enquêtrice dans un village de montagne trop tranquille à son goût, est appelée pour un décès dans l'ancien sanatorium du coin. Sur place, en plein milieu de la forêt, elle doit avec son équipe se rendre à l'évidence: tout indique un banal accident de promeneur casse-cou. Mais Charlie est en manque d'action et, tandis que le commissariat et le village sont accaparés par les festivités d'Halloween, la voilà qui s'entête à enquêter dans les vieux bâtiments laissés à l'abandon. Accompagnée de son chien farfouilleur, elle se retrouve plongée au milieu des âmes damnées qui semblent encore peupler les lieux. Mais quels secrets recèle donc ce sanatorium où la vie s'est arrêtée d'un coup."


Pour planter le contexte: ce roman est la troisième enquête de sa flic récurrente Charlie. Donc si vous préférez commencer par le commencement, allez jeter votre dévolu sur Coup de Pelle. Mais bon, je n'ai pas bien eu le choix: acquisition faite (par la môman) aux Quais du Polar, Alice Pol n'avait plus que celui-ci en vente lors de la dédicace, les deux précédents s'étant tous vendus. Elle sera d'ailleurs un des rares auteurs invités à faire sonner la cloche indiquant qu'elle a vendu tous ses romans. Un succès donc! 

Maintenant, revenons à nos moutons. Comme annoncé en préambule, cette lecture ne partait pas gagnante. Mais alors pas du tout du tout. J'ai été heurtée d'emblée par son style: trop de mots, de descriptions, du téléscopage de situations dans un même paragraphe avec l'impression de passer du coq à l'âne parfois. Une lecture qui demande une concentration digne d'une prof dans une classe d'hyperactifs… La migraine me guettait. Le renoncement aussi.

MAIS, je ne sais pas par quel stratagème (l'usure de mon cerveau qui a lâché prise?) un déclic s'est produit au bout de quelques chapitres. Et finalement le rythme erratique est devenu une sorte ronron épileptique en arrière-plan qui finit par révéler des pépites au premier. Et notamment son sens de l'humour. Mais ce n'est pas de l'humour vache grossier pour faire poiler la galerie tagadatsointsoin. Parce que les punchlines, les situations cocasses sont enrobées d'une grosse dose d'humanité et d'empathie pour son prochain, humain ou animal. Charlie la solitaire/célibataire attire ceux qu'elle côtoie, créant un espace de confiance propice à des confidences ou des invitations… qu'elle ne désire pas forcément! Autour d'elle se décline toute une galerie de personnages atypiques mais crédibles dans ce qu'ils ont de décalés et de profondément sensibles.

Alors, pour les amoureux du genre, même si le côté polar passe un peu au second plan, il n'en reste pas moins qu'il y a tout de même une enquête avec des vrais morceaux de gens morts plus ou moins faisandés. Juste, on est pas dans un polar sérieux et trash. Mais dans un polar drôle et tendre. Et c'est bien aussi!

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