"La Treizième Heure" d'Emmanuelle Bayamack-Tam (Editions Folio): le droit à l'erreur?
C'est pourtant pas faute de m'avoir conseillée déjà plusieurs fois la plume d'Emmanuelle Bayamak-Tam aka Rebecca Lighieri. Je n'avais jusque-là pas sauté le pas: trop de bouquins à lire déjà, envie de romans courts, de divertissement pour débrancher le cerveau (merci le polar pour ça!).
Mais c'est sans compter l'insistance d'une collègue et le bouquin La Treizième Heure posé bien en évidence sur mon bureau avant plusieurs jours de vacances. Le timing semblait cette fois le bon…
Résultat des courses: je suis ravie qu'on m'ait forcé la main!
Pitch (4ème de couv):
"Lenny a fondé la Treizième Heure, une communauté qui érige la poésie au rang de religion. C'est parmi ses adeptes exaltés qu'a grandi Farah, la fille de Lenny. L'adolescente n'a jamais connu sa mère, Hind, évaporée une semaine après sa naissance. Lorsque cette dernière refait surface, après des années d'absence, elle fait voler en éclat les non-dits et les silences de l'histoire familiale. Dans un décapant triptyque queer, la fille, le père et la mère prennent tour à tour la parole pour raconter leur version et leur tentative d'échapper aux rôles qui leur étaient assignés."
Comme Farah, la fille de l'histoire, on ne sait pas très bien où on va en ouvrant ce bouquin. On se retrouve d'emblée dans une sorte de "gentille" secte dans laquelle on regarde se débattre avec ironie les membres paumés qui l'ont rejointe. On sourit à l'humour grinçant de Farah qui fait de tout ce qui l'entoure un sujet d'observation et d'étude, sans beaucoup de concessions pour les petits travers humains. Et c'est donc à travers ses yeux que l'on découvre d'abord son père, dirigeant de cette communauté, que tout le monde vénère.
Mais voilà: Farah grandit et se pose des questions. La figure maternelle manque dans sa vie et le père peine à dire pourquoi. Les soupçons s'insinuent et viennent se fracasser à ceux sur l'identité de genre. Il n'en fallait pas plus pour que le fragile équilibre de la relation père/fille bascule.
L'autrice décide alors de changer de narrateur: c'est désormais le père, Lenny, qui parle. De son enfance sans beaucoup d'amour à la création de cette communauté qui ne jure que par l'amour justement, via la déclamation de poésie. De la rencontre de la femme de sa vie à sa disparition brutale. De ses tiraillements intérieurs pour tenter de trouver encore un sens à sa propre existence. Plus de sarcasmes ni le sourire de Farah pour faire barrage, le ton de la narration se fait plus sérieux.
Avant de passer à la vision de l'histoire familiale par Hind, la mère fantasque qui se pare de toutes les plus belles couleurs et séduisants atours comme une provocation au monde si peu tolérant qui l'entoure. Et peut-être également pour dissimuler derrière ses robes lamé or les petites et grandes lâchetés qui viennent la rattraper plus de seize ans après. Crue, sans filtre, la façon de raconter se met au diapason de ce personnage à fleur de peau.
Un roman pas banal, car les personnages ne le sont pas.
Et une grande habileté de l'autrice à nous plonger progressivement dans une émotion pure en larguant petit à petit, à l'instar des personnages, tous les artifices qui font obstacle au moi profond.
Une très belle découverte qui me donne envie d'aller explorer davantage l'univers d'Emmanuelle/Rebecca.
PS: Merci Marie-Lise!



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